Frère Eugène RENOUX, né le 24 août 1925 aux AUBIERS (DEUX-SEVRES), est décédé le vendredi 23 avril 2010, dans sa chambre, au Manoir St Joseph à Bernay (EURE).
Quelle vie atypique que celle de Fr. Eugène ! Une personne passionnée et fragile qui ne laisse personne indifférent. Une belle intelligence !
Dès trois ans, il veut être instituteur. A dix-huit ans, il devient instituteur à Argenton-Château (Deux-Sèvres). Il perçoit que les familles de ses élèves ont besoin de formation pour améliorer leur vie. Un cercle d’étude technique agricole est mis en place. Les jeunes adultes lui en seront reconnaissants. Ils témoignent : « Vous nous avez dit : ‘votre avenir est en vous-même’ et on vous a cru ! ». Ils prendront des responsabilités dans leurs vies professionnelles et sociales.!
Eugène est habité par le désir de se donner tout entier à Dieu. Il entre à la Trappe de Bellefontaine dans le Maine et Loire.. De santé fragile il ne peut pas continuer.
A Bressuire (Deux-Sèvres) il reprend l’enseignement comme professeur : enseignement général et professeur d’espagnol. Il se donne à fond, si bien qu’il craque !
Le Père Epagneul, en lien avec sa famille par sa mère, lui propose d’aller se reposer chez les Frères Missionnaires des Campagnes, la jeune congrégation qu’il vient de fonder. Il décide alors de lier sa vie à celle des Frères.
Il est envoyé à Canappeville (Eure). Frère Pierre-Marie de Goy lance alors le Centre de formation en élevage. Il va demander au Fr. Eugène de prendre en charge les cours post-scolaire agricoles et aussi... quelques porcs à l’engraissement. Avec l’ouverture officielle du Centre en 1954, Fr. Eugène est alors chargé des cours sur l’élevage porcin ; il assure aussi la formation générale des stagiaires. Son talent de pédagogue va pouvoir s’épanouir.
Il va développer la production porcine qui va lui donner -dit-on- ‘ une renommée mondiale’ : l’expression est à peine exagérée !
Retenons que de porcher qui n’est pas un métier, il va contribuer à en faire un métier d’une haute technicité. Exigeant avec lui-même et avec les autres. Il va étudier la chimie organique et biologique, les statistiques. Il note tout. Il rencontre les chercheurs du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) de Jouy en Josas, de l’ITP (Institut technique du Porc), de l’ITCF (Institut Technique des Céréales et des Fourrages), pour leur faire part de ses observations. Il s’en suit des relations régulières qui l’amèneront à présider les journées de la recherche porcine à Paris.
Si le départ de la production avec la 1ère truie fut un échec, sa capacité d’observation et d’analyse, sa ténacité fera de lui un spécialiste reconnu par son expérience et ses écrits. Il sera demandé un peu partout en France et en Espagne et même en Roumanie. Pendant près de quarante ans il va se passionner dans ce travail de formateur.

Il reçoit la médaille du Mérite agricole par M. de Bretagne en 1974 lors du 20ème anniversaire du Centre.
Sa fougue, ses options, son tempérament entier ne lui vaudront pas que des amis !
Plein de talents par ailleurs : il écrit des poèmes et dessine.
Capable d’une grande concentration : jeu d’échecs, mots croisés... Dévoreur de livres... il s’intéresse à tout avec passion : le foot-ball, le tarot et j’en passe ! Il n’aime pas perdre !
Méticuleux il va faire les relevés météos chaque matin pendant de nombreuses années.
Ce que je voudrais retenir c’est sa capacité à marcher bâton à la main pour retrouver un équilibre et se refaire une santé à travers la belle forêt du Prieuré ND des Bois, sans oublier les séjours réguliers qu’il a fait dans le Vercors.
Là il se désencombre d’un cerveau trop plein pour entrer en relation avec Jésus Christ et pour méditer le chapelet qui ne le quitte pas.
Méthodique il lira plusieurs fois la Bible en continu, avec un fil directeur comme par exemple la création, les femmes dans la Bible...
S’il agace, s’il accapare la parole, il se reconnaît humble pécheur, comme nous dit la lecture de St Jean : « si nous disons que nous n’avons pas péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous ». La vérité c’est que nous devons aimer et servir nos frères avec nos limites et nos qualités.
Fr. Eugène c’est mis au service de la formation professionnelle sans oublier l’humain.
Retenons, à soixante ans la mise à la retraite, sans commentaire car mal acceptée au départ. Le vide, puis il reprend des activités diverses : catéchisme, accompagnement des familles en deuils, équipe MCR (Mouvement chrétien des retraités), relations avec les habitants de Canappeville. Les plus anciens l’avaient connu à ses débuts quand il distribuait le journal Fripounet.
Puis c’est le passage en maison de retraite à Bernay.
Après avoir ronchonné au départ, il éprouve une libération intérieure. Les Frères qui sont à Bernay peuvent témoigner de sa montée spirituelle.

Lui l’impatient va sur la fin y mourir lentement sans se plaindre.
Paisible, Fr. Eugène va sortir de cette vie et entrer en vie auprès de Dieu. Merci Frère Eugène !
Même fragile, chacun peut avoir une vie pleine et faire de grandes choses !
Témoignage de Frère Jean de Flaujac (qui a vécu avec lui au prieuré Notre-Dame des Bois à Canappeville de 1970 à 1998) donné le 29 avril 2010 aux obsèques à Quatremare (Eure)